Je suis cliniquement mort. Éteint. De l'intérieur.
Ce feu qui me consumait — éteint. Vide. Vidé.
Enchaîné à mon taf, mes obligations, ma famille. Toute la journée bip-bip-bip bla-bla-bla.
Le niveau zéro de l'existence.
Et puis la parenthèse. Le voyage. Des routes avalées par centaines dans une totale indifférence du temps et de l'espace. Un abandon au Dieu de la route. Une soumission presque.
Il y a ce moment où vous quittez la route et prenez un chemin de travers bardé de sens interdit.
Le sang qui monte à la tête, qui gonfle les veines, qui donne le vertige.
Vous n'existez plus vraiment. Ni pour vous ni pour personne.
L'excitation mêlée à la peur. Peur de l'orage, du désert, d'être livré à vous-même. Peur d'avoir la confiance d'une fille de 12 ans assise à vos côtés et qui ne se doute de rien.
Peur de ne pas trouver ce que vous cherchez.
C'était là. Devant moi. À portée de vue, de main.
Sombre. Inquiétant. Rassurant.
Un souvenir qui revient brutalement. Un rêve matérialisé.
Ma course insensée. Traverser la rivière, l'eau glacée, escalader la dernière dune.
Je n'ai pas les mots. Il y a la joie, l'enfance retrouvée, la solitude, la mélancolie. Le calme. La sensation d'une liberté presque totale.
D'avoir vécu pour être ici — vivant, conscient d'être celui-là et pas un autre.
L'unique spectateur de cette gueule béante aux ailes brisées. Masse sombre recrachée du ciel, qui m'attendait patiemment depuis 50 ans.
Je me suis senti vivant.
Vivant.
En regagnant la route nationale, j'ai repris le cours de ma vie.
Je sais qu'il faudra choisir : vivre ou continuer de faire semblant.
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