Il y a dans les rêves ce semblant de réalité qui me déconcerte. Au réveil, je ne sais plus ce qui tient du vrai ou du faux. L'un me semble tellement réel — le rêve. L'autre tellement faux — ma vie.
Ce matin encore j'ai rêvé d'une après-midi que je n'ai pas vécue. Il y avait cette famille qui n'est pas la mienne, cet appartement qui n'est pas le mien, cette femme à côté de moi, cette conversation qui n'a jamais eu lieu. J'étais là à parler religion avec un homme d'âge mûr — moi qui ne parle jamais de Dieu, ou si peu.
Ce n'est pas le rêve qui me trouble. C'est le sentiment au réveil. Celui d'avoir réellement vécu cette scène.
On me dira que mon cerveau a juxtaposé des fragments d'un passé récent et les a rejoués en une seule séquence. D'accord. Mais dans quel but? Pourquoi cette mise en scène ? Pourquoi maintenant ?
Spinoza disait que personne ne sait précisément jusqu'où peut aller un corps — parce que personne ne sait exactement comment il fonctionne. Le rêve, peut-être, est une de ces zones où le corps va plus loin qu'on ne le croit.








